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PORTRAITS DE LICENCIÉ-E-S # 22 : CYRIL PLÉ
Publiée le 09 juillet 2026
Escalade
Pour ce vingt-deuxième portrait de bénévole, nous avons rencontré Cyril Plé, président de la Ligue FFME Hauts-de-France.
Bonjour Cyril, pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Cyril Plé, j’ai 44 ans et je suis directeur d’école maternelle. Je suis également président de la Ligue des Hauts-de-France de la FFME.
Depuis combien de temps pratiquez-vous l’escalade ?
Je pratique l’escalade depuis une quinzaine d’années. Tout a commencé à la naissance de ma deuxième fille, où il était important pour moi de retrouver une activité physique autour de mes 30 ans. J’ai pratiqué un peu d’escalade au lycée et, encouragé notamment par ma femme, j’ai poussé la porte du club de Beauvais. Tout d’abord pour faire une initiation, puis de fil en aiguille, j’ai commencé à donner de mon temps en tant que bénévole. C’est comme ça que j’ai commencé mon parcours de bénévole sportif associatif.
Présentez-nous la Ligue FFME Hauts-de-France.
Aujourd’hui, la Ligue compte 6000 licenciés. Il existe 46 structures affiliées dont : 41 clubs, des sections FFCAM (Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne), des sections FFME au sein d’associations UFOLEP, puis, des structures dans les salles privées.
Au début, quand la Ligue s’est formée après la fusion des régions Picardie et Nord-Pas-de-Calais, elle était peu structurée avec aucun salarié.
Au début, il a donc fallu tout prendre à bras-le-corps. Nos missions principales étaient d’organiser les championnats régionaux, à une échelle plus importante car ils regroupaient les deux anciennes régions. Il existait un manque d’équité territoriale au niveau des structures d’escalade : il y avait davantage de structures d’intérêt compétitif dans le Nord Pas-de-Calais qu’en Picardie, et c’est toujours le cas actuellement. À terme, l’objectif serait de construire un rapport équivalent entre les deux territoires, tant en matière d’équipements que de conditions de pratique.
Le plan de formation était également important pour nous. Il y a une quinzaine d’années, dans les clubs, beaucoup d’encadrants n’étaient pas diplômés, ou des personnes ouvraient des voies sans forcément avoir de qualification ou de brevet fédéral. Dans la région, il y avait très peu de professionnels de l’escalade. C’était globalement assez structuré via le travail de fond mené par les anciens comités régionaux de Picardie et du Nord Pas-de-Calais. Mais, cela méritait un renforcement pour arriver au même niveau que les régions voisines (Normandie, Île-de-France, Grand Est). L’idée était de rendre accessible les formations en essayant d’analyser les besoins des clubs.
Caroline Larzul, ma vice-présidente s’occupait plutôt de l’aspect compétition et moi, de l’aspect formation. Assez rapidement, on a réussi à organiser les compétitions dans les trois disciplines. Pour le championnat de bloc, il a fallu s’appuyer sur des salles privées. Pour le championnat de vitesse, il n’avait pas lieu sur le mur du record, car il n’en existe aucun dans la région. Pour le championnat de difficulté, il a quasiment toujours été organisé à Sac à Pof. Puis, pour le championnat de combiné U12/U14, on le faisait dans différents clubs pouvant accueillir les trois disciplines comme : Calais, Amiens, Saint-Pol-sur-Ternoise, …
Concernant les autres actions, on a aussi créé un stage multi-activités il y a 5 ans, avec la collaboration de Yves Ordener. Puis, on a un médecin de Ligue, qui nous aide sur de la prévention. On espère à terme pouvoir le faire intervenir plus régulièrement avec l’équipe régionale ou sur les compétitions. Ensuite, on organise annuellement un séminaire sur différentes thématiques, cette année étant sur la RSO. Ce sont des actions qui permettent politiquement aux bénévoles de la Ligue d’avoir un projet à porter, pouvant être mis en œuvre.
Comment la Ligue FFME Hauts-de-France s’est-elle professionnalisée ?
Au début du deuxième mandat, on a réussi à professionnaliser la Ligue avec l’arrivée de Clément, notre agent de développement. Cela nous a permis de souffler et de pouvoir développer de nouvelles actions, comme la structuration de l’équipe régionale ou encore la responsabilité sociale des organisations : développement du tissu associatif, violences dans le sport, parité, féminisation du sport, … Cette arrivée a également permis d’étayer tout notre travail mené bénévolement. À la fin du deuxième mandat, on souhaitait recruter un conseiller technique. C’est à dire une personne de terrain en capacité d’aider les clubs sur leur quotidien, d’accompagner nos partenaires, et de développer l’escalade au plus proche de nos structures. Malheureusement, faute de candidature et de profils assez formés, le recrutement a pris près de deux ans et demi. Cette saison, je suis content d’avoir trouvé un jeune motivé, actuellement en formation DE, qui deviendra à terme notre conseiller technique régional. On a aussi développé le poste d’agent de communication, car il est important de communiquer sur nos actions via nos réseaux.
Qu’est-ce qui vous a amené à devenir président de la Ligue ?
Au club de Beauvais, on est venu me voir en disant « Cyril tu es enseignant, a priori tu sais t’occuper des enfants. Est-ce que ça te dirait de devenir encadrant ?”, donc j’ai dit oui. Petit à petit, je suis devenu vice-président de mon club, puis président. Par la suite, on m’a demandé de participer à quelques réunions du conseil d’administration du comité territorial de l’Oise. Puis, avec la fusion des régions, il fallait des représentants picards dans l’équipe qui allait se constituer. On a donc fait appel à moi pour intégrer l’équipe de la Ligue. J’ai commencé à la Ligue en tant que trésorier, pendant un an seulement. Puis, j’ai également fait un an en tant que vice-président. À la suite de dysfonctionnements internes, le conseil d’administration a dû démissionner dans l’intégralité. C’est comme ça qu’au bout de deux ans de création de Ligue, je suis arrivé président avec une équipe constituée de certains anciens et nouveaux membres.
Quelles sont vos missions ?
J’ai plutôt une mission de chef d’orchestre. Concrètement, j’ai une relation presque journalière avec les salariés, et particulièrement avec l’agent de développement qui coordonne l’équipe. Je suis intégré dans la quasi-totalité des commissions et globalement je sais toujours ce qu’il se passe. Je m’occupe encore précisément des formations, même si je donne aussi mon aide dans la plupart des commissions. Aujourd’hui, l’objectif est de faire aboutir notre projet politique, en valorisant au maximum les compétences des bénévoles investis dans la Ligue. Et pas seulement, car il y a aussi d’autres personnes ressources, qui ne sont pas élues au conseil d’administration, mais qui peuvent apporter leur expertise pour nous aider dans nos projets.
Qu’est-ce qui vous plaît dans votre rôle ?
Ce qui me plaît, c’est de rencontrer des personnes qui pratiquent la même activité que moi, issues de clubs différents. Par exemple, à l’époque, je connaissais bien les clubs de l’Oise parce que j’étais le président du club de Beauvais. Donc, comme c’était le plus gros club du département en termes de licenciés et que j’étais amis avec les clubs locaux, j’avais une vision très locale des choses. Cela m’a permis d’enrichir mes connaissances et de rencontrer des personnes qui menaient des actions intéressantes dans leur club.
Puis, il y a aussi cette idée de mener des projets à leur terme, c’est très satisfaisant au quotidien. Ce qui marche bien, c’est le côté relationnel très agréable, associé à une dynamique de projet réaliste, permettant de les mener jusqu’au bout. C’est aussi pour cela qu’il nous tenait à cœur de recruter un conseiller technique. Aujourd’hui, on se rend compte qu’il y a des choses acquises comme le fait que les personnes soient formées dans la quasi-totalité des clubs, ou qu’on organise l’intégralité du circuit de championnat. Ça ne tombait pas sous le sens il y a une douzaine d’années. Ces avancées sont bien mais c’est parce que, derrière, il y avait des bénévoles pour mener toutes ces actions.
Au-delà des missions de l’organisation du projet associatif, ce qui me paraît très important c’est d’avoir une harmonie entre les clubs, et être en capacité de se dire les choses pour faire avancer les projets. Selon moi, c’est aussi une des forces de la Ligue. Comme on vient tous d’horizons différents, qu’on se voit beaucoup en visio ou sur les événements de la Ligue, on n’a pas le temps de voir le défaut de chacun. D’une certaine manière, on ne peut apporter que nos qualités. Finalement, la Ligue est un lieu de rassemblement pour toutes les bonnes volontés.
À l’inverse, quelle est la plus grande difficulté dans ce rôle ?
Comme dans toutes les associations, c’est de réussir à mobiliser l’intégralité des bénévoles. Une gestion RH au quotidien, c’est quand même lourd. Heureusement, je suis très épaulé par ma trésorière qui a pris le relais sur la partie administrative/RH. Professionnaliser une structure, c’est un réel investissement et ça demande du temps. Coordonner une équipe de bénévoles qui sont déjà très investis dans leur CT ou club, c’est aussi du temps.
Ce qui est aussi compliqué c’est de garder une envie de construire les choses, malgré quelques barrières. Le point le plus frustrant concerne nos projets de développement de SAE. Nous voyons le besoin et la dynamique autour de l’escalade, mais parfois on se trouve confronté à des réalités politiques sportives qui ne vont pas forcément dans notre sens. Il faut avoir l’énergie, tout en sachant que l’aboutissement n’est pas toujours au bout du tunnel.
Quels sont les projets de la Ligue dans les prochaines années ?
Le projet le plus important est celui de la structuration des salariés. Nous ne sommes pas un club, on ne fait grimper personne, donc même s’il y a des structures qui arrivent dans la région, on ne sera pas les “premiers bénéficiaires”. Je pense que là où on doit vraiment travailler, c’est sur l’accompagnement et le développement des professionnels. Tout le monde a ses projets de formation, de développement de SAE ou de compétition. Mais au fil des années, je me suis rendu compte que même si un club arrivait à convaincre sa mairie d’avoir une salle nationale sur son territoire, sa gestion resterait compliquée.
Ainsi, à la Ligue, nous devons avoir un plan très structuré de nos missions. Pour que ça soit bien fait, il faut avoir des salariés motivés, en qui on peut avoir confiance et qui peuvent être à l’écoute des remarques des clubs. Cela étant, je me doute bien que de temps à autre, les clubs souhaiteraient qu’on soit plus réactif. Maintenant, c’est le problème des organes déconcentrés de la fédération. On fait chacun ce qu’on peut, on essaye de professionnaliser et d’être efficace, mais ce n’est pas toujours le cas. En tout cas, l’avenir pour moi c’est de professionnaliser au mieux et de rendre efficace la Ligue au quotidien.
Qu’est-ce qui vous plaît dans l’escalade de façon générale ?
Dans un premier lieu, j’ai dû faire appel à mes souvenirs de lycéens pour pousser la porte du club, donc c’est plutôt le côté sensation qui m’a plu. Dès le départ, j’ai aimé l‘escalade quand je l’ai pratiqué sur des courtes séances au lycée, quand ce n’était pas encore très développé dans les années 92.
Puis, ce qui m’a plu c’est aussi l’aspect convivial. Je viens plutôt des sports de combat, où c’est très rigide. Dans l’escalade, il y avait un côté plus adapté à ma mentalité du moment, avec un côté familial dans le club. Chacun s’y retrouve, on donne tous un coup de main et il n’y a pas forcément de hiérarchie entre les personnes. Quand on passe des bons moments dans un lieu et qu’on a envie que ce lieu perdure, il m’est apparu assez naturellement de rendre ce qu’on m’a apporté. Comme on m’a apporté du bien-être au quotidien et une stabilité de vie par la pratique sportive quotidienne, j’ai accepté de devenir encadrant au club.
Au-delà de la Ligue ou du club, j’ai pu devenir vice-président du CROS (Comité Régional Olympique et Sportif) des Hauts-de-France pendant les JO de Paris 2024. Même avant, puisque j’ai fait huit ans là-bas. Ça m’a permis de rencontrer d’autres personnes, d’autres disciplines sportives, d’autres fonctionnements et d’essayer d’adapter à notre sport ce qui fonctionnait ailleurs. Aujourd’hui dans notre société, on est beaucoup dans l’innovation. Moi, je suis plus dans l’idée de me dire “Regardons ce qui marche ailleurs, essayons de l’adapter à nous, et quand ça fonctionne on peut innover”.
Concrètement, le fait d’avoir plusieurs mandats m’a permis de connaître mon environnement et de pouvoir faire les choses plus correctement à la Ligue. Maintenant, j’ai l’ambition de revenir à la simplicité parce que c’était quand même un gros engagement au quotidien d’avoir plusieurs casquettes. Actuellement, je suis uniquement président de la Ligue et je file des coups de main à droite, à gauche. Mais mon cœur de bénévolat associatif c’est la Ligue FFME Hauts-de-France.
Pour finir, auriez-vous un ou plusieurs souvenirs en lien avec l’escalade à nous partager ?
Je n’ai pas forcément un souvenir ou un événement en particulier. Par exemple, je retiens l’inauguration de la salle de Toufflers : pour la première fois, on avait une structure nationale de bloc dans la région. Il y a aussi la constitution de l’équipe régionale, et la première fois qu’on a emmené les jeunes à Fontainebleau. De la même manière, je pense à l’organisation de l’Assemblée Générale chaque année, parce que j’aime que les choses soient bien faites et bien organisées. À présent, on essaye d’y intégrer de plus en plus de convivialité.
Puis, quand on a mené les entretiens d’embauche à l’époque pour recruter l’agent de développement, c’était aussi un événement fort. Ce n’est pas quelque chose que j’avais l’habitude de faire au quotidien, on avait d’ailleurs été appuyé par la FFME. Ce recrutement a permis de stabiliser la Ligue pendant cinq ans, donc pour moi c’est très important. Mais, j’ai également vécu des souvenirs négatifs. Notamment quand on a dû démissionner de la Ligue pour reconstituer une nouvelle Ligue. À l’époque, il a fallu se poser des questions et se dire “Est-ce qu’on repart là-dedans ?”.
Je retiens aussi toutes les rencontres. Moi, je ne suis pas un compétiteur dans l’âme, mais à chaque fois que je participe au championnat régional, c’est marquant. Par exemple cette année, j’ai testé la compétition de vitesse. Je n’avais jamais fait de vitesse de ma vie, mais c’était exceptionnel, puis il y avait une bonne ambiance. J’ai l’œil intérieur et extérieur : je vis les championnats régionaux en tant que compétiteur, mais également en tant qu’organisateur, donc je vois ce qui fonctionne et ce qui fonctionne moins bien.
Pour finir, je n’aurais jamais envisagé d’être président de Ligue si je n’étais pas moi-même pratiquant d’escalade. À titre personnel, il faut que ça fasse sens. Et moi, aujourd’hui, être président de la Ligue FFME Hauts-de-France ça fait sens parce que j’ai une pratique hebdomadaire importante et que j’ai passé de nombreux diplômes fédéraux. Avec ce parcours, j’ai emmagasiné une crédibilité pour moi-même, pas forcément pour les autres, qui me permet d’avoir une bonne connaissance de ce qui est possible de faire au sein de notre fédération.
Interview réalisée par Marine Mignotte, dans le cadre de la valorisation de l’investissement bénévole.
L’un de vos licenciés s’investit activement dans votre structure et voudrait participer à l’un de ces portraits ?
